Une tradition yogique d'éveil, complète et vivante

La tradition Shangpa Kagyü est une tradition de libération des illusions, que sont l’ego et ses passions, une tradition d’éveil authentique, complète et vivante.

Il est intéressant de noter que le mot « tradition » vient du nom latin traditus qui lui-même se compose de trans, « à travers », et de dare, « donner », « faire passer à un autre », « transmettre ». Le propos d’une tradition est donc de transmettre et, dans notre contexte, de transmettre une expérience, celle de l’éveil. Et afin qu’elle puisse véhiculer, de manière effective, l’expérience de l’éveil, de l’absolu, elle doit remplir trois critères : être authentique, complète et vivante.

Une tradition authentique se caractérise par le fait qu’elle prend nécessairement sa source dans l’expérience de l’ultime réalité, l’éveil. Aussi est-elle, dans son origine comme dans sa transmission, au-delà des individualités. En effet, ceux qui en deviennent les détenteurs font partie d’une lignée spirituelle ininterrompue depuis l’initiateur. A chaque maillon de la chaîne de transmission, un disciple reçoit l’enseignement de son maître, qui a lui-même étudié et surtout pratiqué. Le disciple étudie l’enseignement, le pratique, le réalise à son tour puis le transmet, dans l’esprit et dans la lettre, sans que ce soit « son » enseignement. La transmission reste pure dans la mesure où elle n’est pas altérée par l’intervention d’êtres ordinaires et de leurs egos individuels. Il y a ainsi continuité de l’enseignement par-delà les egos individuels.
Prenant sa source dans l’absolu et non-altérée par les egos individuels, une tradition authentique œuvre naturellement pour la paix et l’harmonie par la réintégration de l’homme au sein de la totalité du réel en offrant les moyens favorables au plein épanouissement des qualités essentielles de la personne humaine, telles que la sagesse et la compassion. Elle est ainsi au-delà des extrêmes, une voie du milieu non-violente.

Cela étant, l’authenticité d’une tradition, de l’expérience qu’elle transmet, est un critère nécessaire et pourtant insuffisant. En effet, l’authenticité de la source est importante mais il peut arriver qu’une tradition soit incomplète, avec en son sein des déviations ou s’arrêtant avant l’expérience ultime. Pour illustrer cela, on peut comparer l’ascension spirituelle à celle d’une montagne. Le sommet représente l’ultime expérience transcendante, l’éveil. Il y a sur ses versants différents chemins et sentiers qui permettent d’y accéder. Ceux-ci correspondent aux multiples approches des traditions authentiques. Ces voies d’accès se rapprochent en convergeant vers le haut. Pourtant, certaines voies sont coupées, elles ne mènent plus au sommet et ne permettent plus qu’un cheminement partiel.
Il est donc nécessaire qu’une tradition soit à la fois authentique et complète. Alors une telle tradition mène à l’harmonie, la paix, la santé et le bonheur à leur niveau le plus profond. Sa capacité à transmettre véritablement et complètement l’expérience d’éveil constitue le critère ultime qui détermine son degré de perfection. Ainsi, au terme de l’apprentissage, elle offre les moyens de réaliser la présence authentique.
Il est important de préciser également qu’une tradition saine et complète comprend, dans son processus d’accession à l’expérience non-duelle d’éveil, le dépassement de ses propres formulations : noms et formes. En effet, les formulations sont comme le doigt qui montre la lune mais il s’agit de ne pas les confondre avec la lune elle-même ! Et la saisie des noms et formes, naturellement relatifs, voilerait sinon la réalisation directe et immédiate de notre véritable nature, risquant alors d’engendrer l’idolâtrie. C’est pourquoi le Bouddha mit en garde ses disciples : « Mon enseignement est un moyen pratique qu’il ne faut pas vénérer. C’est un radeau qui permet de traverser la rivière. Seul un fou s’embarrasserait de l’embarcation une fois sur l’autre rive, celle de la libération. »

Il est donc nécessaire de suivre une tradition authentique et complète et, de plus, pour éviter sur la voie les nombreux écueils, comme dans l’ascension en montagne, il est indispensable que la tradition soit vivante, c'est-à-dire que le guide soit compétent, connaisse la voie et puisse nous y diriger pas à pas. Ce guide, vivant aujourd’hui et ayant la réalisation de l’ultime, peut alors transmettre totalement le cœur de l’expérience éveillée, exprimant ainsi l’opérativité de la tradition dans l’esprit comme dans la lettre.

Sources :

  • Lama V. Denys, Le dharma et la vie, Albin Michel " Spiritualités vivantes "
  • Lama Denys Teundroup, La Voie du bonheur, Actes Sud, 2002

Auteur: 
puntso
Date de publication: 
Vendredi 2 Mai 2014 - 18:30
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